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Le rejet des Juifs dans l’Histoire de France (partie 4/4) : les antisémitismes depuis 1944

La présence des Juifs en France est bimillénaire. L’histoire de leur rejet suit également un cours long et tumultueux, nourri de multiples ramifications. Cette suite d'articles a pour objectif de proposer une - modeste - synthèse de l’ensemble des enjeux et des clés de compréhension pour appréhender un phénomène aussi large que dense. Pour cela, Histoire d’en Parler vous propose une sorte de dictionnaire chronologique, qui vous permet de naviguer dans les eaux troubles de l’antisémitisme. Aujourd'hui, la quatrième et dernière partie, dédiée à la période la plus contemporaine, charriant des représentations variées dans les opinions publiques et pleine d'événements marquants quant à l'histoire de l'antisémitisme depuis 1944.



1948 : en mai 1948, la déclaration d’indépendance de l’État d’Israël dans un contexte - déjà - troublé, est prononcée au terme du mandat britannique sur la Palestine. Pour de nombreux Juifs de France, le traumatisme lié à la période de la Seconde Guerre mondiale (destructions, déportations, massacres) demeure vivace. Des centaines d’entre eux choisissent le chemin de l’alyah, c’est-à-dire l’immigration en Israël. En trois ans, près de 320 000 Juifs européens rejoignent la “Terre promise”.


Affaire Finaly : pendant la Seconde Guerre mondiale, deux enfants juifs sont confiés à une institution catholique par leurs parents (Anni et Fritz Finaly), qui finissent déportés et tués à Auschwitz. Les enfants sont placés chez une tutrice catholique, qui refuse par la suite de restituer les enfants à leur tante, sous prétexte qu’ils ont été baptisés. Ce fait divers, gagnant de l’importance dans l’opinion publique, oppose la légitimité de deux institutions dans leur rapport à la famille, l’Église et la communauté juive. À cette occasion, l’antisémitisme catholique de certains des acteurs impliqués et de la presse resurgit avec virulence.


Antisionisme : au sens littéral, il s’agit de l’opposition à l’établissement d’un foyer national juif en Terre d’Israël, en réaction au projet sioniste émergeant à la fin du XIXe siècle en Europe. À l’origine, l’antisionisme historique a pu être nourri par des penseurs juifs, qui estimaient que le judaïsme constitue une religion et non une nation, et qui privilégiaient l’idée d’une diaspora au retour sur la terre ancestrale. Depuis 1948 et de manière plus large, cela peut regrouper des opinions hostiles à l’État d’Israël, à sa politique envers les Arabes et les musulmans, à son caractère colonial, ou à l’existence même d’un État hébreu. Ainsi, l’antisionisme relève d’une palette allant de positions critiques de la politique israélienne à la revendication de l’anéantissement des Juifs en Palestine. De nos jours, en France, les idées antisionistes sont extrêmement diverses et se retrouvent dans de nombreux courants d’opinion et sur l’ensemble du spectre politique.


Changement de patronyme : après la Seconde Guerre mondiale, environ 10 000 personnes (soit 5 % de la population issue de la communauté juive) ont demandé à changer de nom, afin se défendre d’une nouvelle flambée d’antisémitisme ou dans le but d’adopter le nom pris durant la guerre.


Conférence de presse de Charles de Gaulle du 27 novembre 1967 : donnée au palais de l’Élysée, cette conférence de presse est restée fameuse pour la phrase mentionnant les Juifs comme un « peuple d'élite, sûr de lui-même et dominateur ». Prononcés dans un contexte marqué par la bascule des relations diplomatiques entre la France et Israël suite à la guerre des Six Jours (juin 1967), ces propos essentialisants sont perçus comme relevant d’un antisémitisme réhabilité et réactivé par le Président de la République française.


Croix gammée : symbole de l’idéologie nazie, l’usage de la croix gammée à des fins de propagande et de diffamation est puni par la loi française depuis 1946. À l’hiver 1959-1960, en République fédérale allemande, puis dans de nombreux pays occidentaux, des croix gammées sont taguées sur des synagogues, cimetières juifs et autres bâtiments. En partie orchestrée par l’Union Soviétique, cette campagne d’affichage de symboles et de slogans vient entretenir une certaine continuité de l’antisémitisme et vise à fracturer les sociétés concernées. Cette affaire peut également être rapprochée de la campagne de désinformation russe réalisée en octobre 2023 en France avec des graffitis représentant des étoiles de David dans les rues de Paris.


Dieudonné et Alain Soral : depuis le début des années 2000, ces deux personnalités médiatiques représentent les deux principales figures de proue du militantisme antisémite. Malgré de nombreuses condamnations pour incitation à la haine ou à la violence raciale ou religieuse et pour négationnisme (entre autres), ils se défendent de toute accusation d’antisémitisme et continuent à fédérer un public sur Internet, notamment sur YouTube, jusqu’à la clôture de leur compte respectif à l’été 2020.


Tariq Ramadan, Dieudonné et Alain Soral, image extraite du documentaire “Complotisme, les alibis de la terreur”, France Télévisions, janvier 2018.
Tariq Ramadan, Dieudonné et Alain Soral, image extraite du documentaire “Complotisme, les alibis de la terreur”, France Télévisions, janvier 2018.

Discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995 au Vélodrome d'Hiver : pour le cinquante-troisième anniversaire de la commémoration de la rafle du Vélodrome d’Hiver à Paris, le Président de la République Jacques Chirac reconnaît la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs vers les camps du Troisième Reich. Les précédents dirigeants ne mentionnaient pas le rôle de la France et des institutions françaises dans cette entreprise génocidaire, entretenant un malaise latent auprès de la communauté juive de France. La responsabilité de l'État dans la persécution et la déportation des Juifs est reconnue officiellement par le Conseil d’État en février 2009.


Double allégeance : historiquement, avant la Seconde Guerre mondiale, les Juifs sont discriminés dans les sociétés modernes et contemporaines en raison de leur caractère apatride. Un reproche fréquemment formulé est celui du “cosmopolitisme sans racine” . Cependant, après la création de l’État d’Israël en 1948, l’image des Juifs évolue et ils sont désormais accusés de manquer de patriotisme et d’avantager l’allégeance à Israël plutôt qu’à leur autre pays. En France, cette suspicion a tendance à se manifester lors d’épisodes diplomatiques tendus entre les deux pays, comme en 1967 (Guerre des Six-Jours) ou en 2006 (conflit du Liban).


Jour de colère : le 26 janvier 2014, une manifestation d’opposition à la politique du Président François Hollande rassemble des dizaines de milliers de participants. Des militants d’extrême-droite, issus notamment de la “Dieudosphère” et des catholiques intégristes scandent des slogans antisémites et négationnistes. Ce rassemblement hétéroclite a été vu par l’historien Pierre Birnbaum comme un “nouveau moment antisémite”.


Lobby juif : cela désigne une prétendue influence secrète des Juifs sur les institutions et instances dirigeantes financières, médiatiques et politiques. En France, l’expression est péjorative en raison de la défiance institutionnelle de la Ve République. Elle gagne en vigueur dans les milieux d’extrême-droite durant les années 1970 afin de dénoncer les groupes d’influences supposément soumis à la défense des intérêts des Juifs, rejoignant la traditionnelle théorie du complot juif. À la fin des années 2010, la dénonciation de la politique fiscale d’Emmanuel Macron par des groupes d’opposition conduit à la réactivation de clichés antisémites, s’appuyant sur le passage du Président de la République à la banque Rothschild. Au début des années 2020, cette théorie reprend de la vigueur lors des manifestations contre la politique sanitaire du gouvernement, avec la diffusion du mème Internet “Qui ?” ou “Mais qui ?”. Basée sur le procédé rhétorique de l’ellipse, il s’agit de dénoncer le lobby juif sans le mentionner directement.


Pancarte arborant des codes antisémites, brandie à Metz lors d’une manifestation contre le pass sanitaire le 8 août 2021.
Pancarte arborant des codes antisémites, brandie à Metz lors d’une manifestation contre le pass sanitaire le 8 août 2021.

Loi Gayssot : le député communiste Jean-Claude Gayssot est à l’initiative d’une loi, adoptée le 13 juillet 1990, "tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe" et instituant le délit de négationnisme du génocide des Juifs. Elle est adoptée deux mois après l’affaire de la profanation du cimetière de Carpentras, dans un contexte de publicité des thèses du négationniste Robert Faurisson et de leur exploitation par l’extrême-droite.


Marches contre l’antisémitisme : depuis les années 1980, une dizaine de grands rassemblements ont été organisés pour protester contre la persistance de l’antisémitisme en France. Consécutifs à des actes tragiques (meurtres, profanations, attaques de bâtiments, attentats), ces événements civiques ont été l’occasion de témoigner de la solidarité de la société envers les Juifs de France. À la fin de l’année 2023, face à la recrudescence massive d’actes antisémites suite à l’attaque du 7 octobre en Israël, l’opinion publique est très majoritairement ralliée à l’idée de lutter plus ardemment contre ces délits. Cependant, si l’organisation d’une « marche pour la République et contre l'antisémitisme » le 12 novembre est l’occasion d’un sursaut, elle témoigne également d’une confusion sur l’instrumentalisation politique de la solidarité avec les victimes et sur la banalisation de la présence du Rassemblement National, historiquement tenu à l’écart de ces cortèges.


Manifestation contre l'antisémitisme place de la République à Paris, Wikimedia Commons, 19 février 2019.
Manifestation contre l'antisémitisme place de la République à Paris, Wikimedia Commons, 19 février 2019.

Négation de la Shoah : il s’agit d’un déni de l’existence de l’entreprise de mise à mort systématique des Juifs d’Europe orchestrée par l’Allemagne nazie. Le négationnisme revêt des modalités variées, en se basant sur des thèses pseudo-scientifiques hypercritiques et en revendiquant la révision historique des faits et des “mythes mémoriels” véhiculés par la propagande et “l’histoire officielle”. Dans l’après-guerre, Maurice Bardèche et Paul Rassinier sont les premiers fondateurs du négationnisme en France, relayés par l’hebdomadaire d’extrême-droite Rivarol créé en 1951. Alors qu’il s’agit d’une opinion demeurée largement confidentielle, la publication de deux articles à la fin de l’année 1978 la fait entrer dans la lumière médiatique. D’une part, l’entretien de L’Express avec le directeur du Commissariat général aux questions juives de 1942 à 1944, Louis Darquier de Pellepoix ; d’autre part, la parution dans Le Monde d’un article de Robert Faurisson, figure-clé de l’irruption du négationnisme dans le débat public. Depuis 1990, l'expression publique des propos négationnistes est sanctionnée par la loi Gayssot.


Nouvel antisémitisme : ce concept renvoie à une controverse historiographique et journalistique visant à distinguer le “vieil antisémitisme” nourri de stéréotypes traditionnels (religieux et raciaux) et le “nouvel antisémitisme”, issu d’un produit “islamo-gauchiste” (expression forgée en 2002 par Pierre-André Taguieff dans le contexte de la Seconde Intifada), alimenté par la critique politique de l’État d’Israël et par une certaine concurrence victimaire. Celle-ci opposerait, schématiquement, la mémoire de la Shoah d’une part, et les victimes des conflits contemporains, notamment causées par Israël envers les populations palestiniennes, d’autre part. Le débat porte sur l’existence d’une nouvelle vague spécifique d’antisémitisme ou d’une forme de continuité historique.


« Point de détail » : le 13 septembre 1987, le président du Front National Jean-Marie Le Pen est questionné par le journaliste Olivier Mazerolle sur l’utilisation de chambres à gaz dans les camps d’extermination nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Le dirigeant frontiste minimise alors l’importance de ce moyen de mise à mort pour la Shoah par une expression : « je crois que c’est un point de détail de l’histoire de la guerre ». Ce “dérapage”, issu du malaise et de l’incapacité à mentionner le génocide juif, produit deux effets simultanés dans l’opinion : d’une part, il contribue à entraver durablement la normalisation du parti d’extrême-droite dans le champ républicain. D’autre part, il ancre solidement l’électorat antisémite et négationniste auprès du Front National. Pendant des années, la défense des “historiens révisionnistes” est l’un des thèmes récurrents de la communication du parti frontiste. Depuis les années 2010, ce courant politique cherche à faire sauter le “verrou idéologique” que représente l’antisémitisme historique pour se donner une légitimité renouvelée.


Poujadisme : Pierre Poujade est un responsable syndical et politique qui initie dans les années 1950 un mouvement antiparlementaire de défense des commerçants et des artisans. Prônant une révolte des “petits contre les gros” et notamment les agents fiscaux, le poujadisme dénonce violemment des complots supposés associant Juifs, marxistes, capitalistes et autres “métèques”. Parmi les députés poujadistes élus aux élections de 1956 figure Jean-Marie Le Pen, qui va devenir le représentant emblématique de l’extrême-droite pendant un demi-siècle.


Profanations de cimetières juifs : depuis la fin des années 1970, la France connaît - de plus en plus - régulièrement des épisodes de vandalisme et de destructions de monuments commémoratifs et de lieux de sépultures juifs. Ces profanations sont attestées de l’époque médiévale à nos jours. Visant à souiller la mémoire des membres de la communauté juive, ces actes suscitent de vives réactions dans l’opinion publique. Par exemple, l’affaire de Carpentras, en mai 1990, conduit à de grands rassemblements publics, avec la participation du Président de la République François Mitterrand, une première.


Deux stèles sont recouvertes d'un drapeau allemand sur lequel est inscrit le slogan nazi "ein Volk, ein Reich, ein Führer" (un peuple, un empire, un Führer) tandis que d'autres stèles sont taguées de croix gammées, au cimetière d'Herrlisheim-près-Colmar, photographie : Frederick Florin / AFP, 30 avril 2004.
Deux stèles sont recouvertes d'un drapeau allemand sur lequel est inscrit le slogan nazi "ein Volk, ein Reich, ein Führer" (un peuple, un empire, un Führer) tandis que d'autres stèles sont taguées de croix gammées, au cimetière d'Herrlisheim-près-Colmar, photographie : Frederick Florin / AFP, 30 avril 2004.

Rumeur d'Orléans : il s’agit d’une rumeur d’emballement concernant l’enlèvement de jeunes femmes dans des cabines d’essayage de plusieurs magasins de vêtements tenus par des Juifs, en vue de les prostituer. Le sociologue Edgar Morin publie une enquête étudiant la propagation de cette rumeur, alors qu’aucune disparition n’a été constatée dans la ville. Ce cas de rumeur, loin d’être isolé dans la France des années 1960 à 1980, se distingue par la réactivation de tropes antisémites fortuits.


Tueries et terrorisme : de la fin de la Seconde Guerre mondiale à 1980, aucun crime à caractère antisémite n’est recensé dans les statistiques policières et judiciaires françaises. En revanche, depuis le début des années 1980, jusqu’à la troisième décennie du XXIe siècle, une dizaine d’assassinats et d’attentats explicitement antisémites sont commis, suscitant l’indignation et l’émotion dans de larges pans de l’opinion publique, mais également accompagnés d’une recrudescence des actes délictuels à caractère antisémite. Alors que les Juifs représentent moins de 1 % de la population française, ils sont, selon les années, la cible de 30 à 40 % des actes racistes recensés en France sur les dernières décennies. Parmi les principales attaques commises depuis quarante-quatre ans :

  • Attentat de la rue Copernic : le vendredi 3 octobre 1980, en début de soirée de shabbat, une attaque à la bombe est dirigée contre la synagogue de la rue Copernic dans le XVIe arrondissement de Paris. Provoquant quatre morts et une quarantaine de blessés, cet attentat choque d’autant plus qu’il s’agit du premier commis en France contre les Juifs depuis la Seconde Guerre mondiale. Quarante-trois ans plus tard, en avril 2023, le procès tenu devant la cour d’assises spéciale prononce la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité de l’unique accusé, Hassan Diab.

  • Attentat de la rue des Rosiers : en août 1982, le restaurant Goldenberg dans le quartier juif du Marais de Paris est pris pour cible par la fusillade d’un commando attribué à une organisation palestinienne dissidente. Cette attaque conduit à la mort de six personnes et aux blessures de vingt-deux autres ;

  • Attentat contre une école juive de Villeurbanne : le 7 septembre 1995, une voiture piégée par des activistes islamistes lyonnais explose près de l’entrée d’une école juive et fait quatorze blessés ;

  • Attaques de synagogues en mars-avril 2002 : lors de la Pâque juive du printemps 2002, à la veille des élections présidentielles, des attentats au véhicule-bélier et des incendies volontaires frappent des synagogues dans plusieurs villes françaises (Strasbourg, Marseille, Lyon-La Duchère, Toulouse, Le Kremlin-Bicêtre), entraînant des dégâts matériels conséquents ;

  • Affaire du gang des barbares : en janvier 2006, le jeune Ilan Halimi est enlevé, séquestré, torturé et assassiné pendant plusieurs semaines par une vingtaine de personnes, dirigées par Youssouf Fofana, préméditant l’attaque en raison de l’origine juive de la famille Halimi, « supposée riche car juive » ;

  • Tuerie à l'école juive Ozar Hatorah : en mars 2012, après avoir tué trois militaires à Toulouse et à Montauban, l’assassin islamiste Mohammed Merah, désireux de tuer des enfants juifs, organise un massacre dans une école juive du quartier de la Roseraie de Toulouse. Ces attentats ont suscité une émotion considérable dans le pays.

  • Attaque d’une supérette casher de Sarcelles : moins de six mois plus tard, en septembre 2012, la cellule terroriste de Cannes - Torcy organise une attaque à la grenade dans un magasin casher (correspondant au code alimentaire de la religion juive). Elle fait un blessé.

  • Prise d’otages du magasin Hyper Cacher de la porte de Vincennes : le vendredi 9 janvier 2015, Amedy Coulibaly, déjà impliqué dans l’assassinat d’une policière à la suite des attentats perpétrés contre Charlie Hebdo deux jours plus tôt, organise une attaque dans un magasin casher de l’avenue de la Porte-de-Vincennes. Quatre personnes sont assassinées tandis que quatre autres sont blessées lors de l’assaut pour mettre hors d’état de nuire le preneur d’otages.

  • Attaque du 3 février 2015 à Nice : moins d’un mois après, Moussa Coulibaly attaque au couteau trois soldats gardant un centre communautaire juif sur la place Masséna de Nice, entraînant deux blessés et son arrestation.

  • Meurtre de Mireille Knoll : le 23 mars 2018, le meurtre de cette octogénaire juive dans son appartement de l’est parisien par deux jeunes hommes témoigne de la persistance des attaques motivées par l’appât du gain basé sur des préjugés antisémites.



Conclusion


Après avoir dressé cette ébauche de panorama chronologique sur l’état des lieux du rejet des Juifs dans l’histoire de France, il convient de relever que ce phénomène est encore nourri par de nombreuses ramifications de nos jours. Savoir si l’antisémitisme contemporain diffère de ses modalités traditionnelles revêt une importance théorique manifeste, mais il s’agit d’insister sur le fait que le rejet des Juifs n’est pas l’apanage d’une seule formation politique ou d’un seul segment de la société. C’est là le principal enseignement de l’ouvrage Histoire politique de l’antisémitisme en France, explorant dans l’ensemble du paysage politique français les évolutions et les logiques des ressorts antisémites. Ceux-ci n'apparaissent pas ex nihilo et se fondent sur des stéréotypes ressassés, amplifiés par certains événements nationaux et internationaux. S’il ne s’agit que de discours haineux jusqu’aux années 1970, la violence redouble à partir de l’essor du négationnisme et de la diffusion d’un antisémitisme meurtrier, avec des attaques traumatisantes pour la communauté juive de France. Alimenté par des groupes et personnalités d’extrême-droite et par des milieux fondamentalistes, l’antisémitisme a tendance à croître fortement lors des moments de peurs et de tensions sociales. De nos jours, la lutte contre l’antisémitisme rassemble très largement les opinions publiques, bien qu’elles soient très divisées sur les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Toutefois, deux écueils s’opposent à la compréhension de l’antisémitisme contemporain : d’une part, en voir partout et risquer d’alimenter une défiance mémorielle et sociale ; d’autre part, n’en voir nulle part et être aveugle à la spectaculaire progression des actes antisémites violents depuis 2000. Ainsi, pour atténuer les tendances discriminatoires et haineuses, je ne vois pas d’autre solution que la formation à la tolérance, à la compréhension d’autrui et à un recul critique, circonstancié, contextualisé sur l’Histoire dans une démarche d'éducation populaire.


Marche contre l'antisémitisme à Strasbourg, Dernières Nouvelles d'Alsace, 17 mai 1990.
Marche contre l'antisémitisme à Strasbourg, Dernières Nouvelles d'Alsace, 17 mai 1990.



Pour aller plus loin :


ABITBOL Michel, Histoire des Juifs en France du Moyen Âge à nos jours, Perrin, janvier 2024.


BANDE Alexandre, BISCARAT Pierre-Jérôme et REICHSTADT Rudy, Histoire politique de l’antisémitisme en France, Robert Laffont, 2024.


BIRNBAUM Pierre, Sur un nouveau moment antisémite, Fayard, 2015.


DOUMERC Vincent, "L’antisémitisme au cœur de l’affaire Dreyfus", Histoire par l’image, juin 2007.


DREYFUSS Mathias, "Qu'est-ce que le franco-judaïsme ?", Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, mai 2016.



GHILES-MEILHAC Samuel, « Mesurer l’antisémitisme contemporain : enjeux politiques et méthode scientifique », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2015.


GOLDBERG Sylvie Anne, Histoire juive de la France, Albin Michel, 2023.


HARZOUNE Mustapha, “Qu'est-ce que l'antisémitisme ?”, Musée de l’histoire de l’immigration, 2022.


HAYOUN Jonathan, Histoire de l'antisémitisme, série documentaire en 4 épisodes de 53 minutes chacun, ARTE, 2022.


JOLY Laurent, « Antisémites et antisémitisme à la Chambre des députés sous la IIIe République », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2007.


JOLY Laurent, « Fascisme et antisémitisme dans la France des années 1930 : une irrésistible convergence ? », Revue d’histoire moderne & contemporaine, 2015.


MAYER Nonna, « Nouvelle judéophobie ou vieil antisémitisme ? », Raisons politiques, 2004.



MORIN Edgar, La Rumeur d’Orléans, Le Seuil, 1969.


POLIAKOV Léon, Histoire de l’antisémitisme 1945-1993, Le Seuil, 1994.


POZNANSKI Renée, « Les Français et la persécution des Juifs sous l’Occupation », Revue d’Histoire de la Shoah, 2020.


PROUST Serge, MICHALON Jérôme, MAURIN Marine et NOÛS Camille, « Dieudonné : antisémitisme, panique morale et communauté déviante », Déviance et Société, 2020.




ROSENBAUM Alexis, L'antisémitisme, Bréal, 2006.


SANSICO Virginie, « L’affaire Finaly : une controverse religieuse ? », Revue d’Histoire de la Shoah, 2010.


SCOT Jean-Paul, "Protestants et juifs face à la séparation des Églises et de l'État", Hommes et Migrations, janvier-février 2006.


SHAPIRA David, Les antisémitismes français, Le Bord de l’eau, 2011.


VIDAL Dominique, Antisionisme = antisémitisme ?, Éditions Libertalia, 2019.


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