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Taghazout et Imsouane : quand le surf transforme les territoires marocains

il y a 1 jour
11 min de lecture

I. De la pêche artisanale à l'essor du surf : l'évolution historique et géographique du littoral marocain


1. Taghazout, un village côtier historiquement tourné vers la mer


Situé sur la côte atlantique du Maroc, à environ 20 kilomètres au nord d'Agadir, Taghazout appartient à la région de Souss-Massa. Ce village s'inscrit dans un environnement caractérisé par des plages, des criques rocheuses et des reliefs qui relient le littoral à l'arrière-pays. Depuis toujours, l’économie locale de ce village repose principalement sur la pêche artisanale, complétée par des échanges avec des territoires ruraux environnants. Les populations combinent aussi différentes activités maritimes afin de diversifier leurs ressources. La mer constitue ainsi un espace essentiel pour Taghazout. Il est un espace de travail et de subsistance, mais également un élément central de l'organisation sociale du village. Un événement majeur transforme néanmoins le contexte régional le 29 février 1960 : le séisme d'Agadir.


Une du journal Ouest-France du 2 mars 1960 illustrant la destruction du port d'Agadir survenue lors du tremblement de terre du 29 février.
Une du journal Ouest-France du 2 mars 1960 illustrant la destruction du port d'Agadir survenue lors du tremblement de terre du 29 février.

Ce dernier détruit une grande partie de la ville et entraîne sa reconstruction. Ainsi, au cours des décennies suivantes, l’Agadir en reconstruction s’affirme progressivement en de nouvelles fonctions urbaines et touristiques. Cet évènement à la fois destructeur et refondateur semble ainsi contribuer à inscrire le littoral d’Agadir et ses alentours dans un espace régional de plus en plus marqué par le tourisme. En effet, à partir de la fin des années 1960 et surtout durant les années 1970, Taghazout attire progressivement des voyageurs occidentaux, notamment des routards et des surfeurs. Ceux-ci recherchent des plages encore peu aménagées, des conditions climatiques favorables et des vagues adaptées à la pratique de la glisse. La fréquentation se développe ainsi progressivement, sans qu'il soit possible de fixer une date unique correspondant à la naissance du surf à Taghazout. Puis, durant les années 1980 et 1990, la notoriété du village s'accroît au sein des réseaux internationaux du surf. Les visiteurs deviennent une clientèle régulière et favorisent l'apparition de nouveaux services. La vague acquiert alors une valeur économique nouvelle : elle devient une ressource touristique qui complète les activités traditionnelles.


2. Des années 1980 aux années 2000 : la transformation progressive du village


Ainsi, à partir des années 1980, l'augmentation de la fréquentation touristique entraîne une modification progressive du bâti et des usages de l'espace. Dans un premier temps, les habitants adaptent des logements existants pour accueillir des visiteurs, ouvrent des restaurants et développent des commerces. Les premières activités liées à la location de matériel et à l'encadrement du surf contribuent à diversifier l'économie locale. Puis, à partir des années 1990 et surtout durant les années 2000, la professionnalisation du surf-tourisme renforce ces transformations. On note l’apparition de nombreux hébergements spécialisés dans le surf, mais aussi la création de séjours s'organisant autour de cours de surf, provoquant ainsi une fréquentation internationale devenant plus régulière.


S’opère alors une réelle modification de la morphologie du village. Les maisons accueillant des visiteurs acquièrent de nouvelles fonctions, les terrasses et les balcons donnant sur l'océan prennent une valeur commerciale, et certains espaces deviennent particulièrement recherchés en raison de leur proximité avec les plages. Le littoral se transforme donc progressivement en un espace multifonctionnel qui n’en avait a priori qu’une capacité restreinte : ce dernier demeure un lieu de résidence et de pêche, mais devient aussi un espace de loisirs très convoité, un espace d’hébergement dont la demande ne cesse de croître, allant de pair avec celle de l’investissement immobilier.


Chameau sur la plage de Taghazout, © Heather Cowper, www.heatheronhertravels.com, CC BY 2.0, 2013.
Chameau sur la plage de Taghazout, © Heather Cowper, www.heatheronhertravels.com, CC BY 2.0, 2013.

3. Le temps de l’aménagement du littoral


Au cours des années 2000, le développement touristique s'inscrit plus nettement dans les politiques nationales d'aménagement. On peut particulièrement noter Le Plan Azur, engagé en 2001 et initié par le roi Mohammed VI, puis la Vision 2020, présentée le 30 novembre 2010. Ces dispositifs cherchent notamment à renforcer l'attractivité touristique du Maroc et à développer de nouvelles destinations balnéaires. La création, en juillet 2011, de la Société d'aménagement et de promotion de la station de Taghazout (SAPST) constitue un réel tremplin dans l’effectivité de ses projets.


Ainsi, de nouveaux ensembles hôteliers, touristiques et résidentiels haut de gamme sont créés dans la région de Souss-Massa. Un accent particulier est porté aux infrastructures sportives et aux activités de loisirs avec la mise en place d’un Beach club, d’une Médina ainsi que d’académies de Golf, de Tennis, de Surf et de Football. Le projet de Taghazout Bay prévoit par exemple une destination touristique planifiée couvrant 615 hectares, le long d'environ 4,5 kilomètres de côte. D’autres aménagements littoraux s’inscrivent également dans cette dynamique, notamment Mediterrania Saïdia, située à 65 km à l’est de Nador ; Mazagan Beach Resort, au sud d’El Jadida ; Port Lixus, près de Larache ; Mogador, à proximité d’Essaouira ; et Plage Blanche, sur la côte atlantique, à 40 km de Guelmim.


Notons que le Plan Azur cherche à intégrer une dimension environnementale dans le développement de ces stations balnéaires, notamment à travers la préservation des espaces naturels et la gestion des ressources, visant à rendre ces stations balnéaires éco-responsables. Par exemple, Taghazout ne développera que 10% de sa superficie totale. Toutefois, cette approche écologique doit être mise en perspective avec les impacts potentiels de l’urbanisation du littoral, de la consommation d’eau et de la pression exercée sur les écosystèmes côtiers.


II. Le surf, moteur des transformations économiques, sociales et culturelles


1. Entre initiatives locales et investissements touristiques plus grands


Le développement du surf fait apparaître deux grandes logiques économiques. La première repose sur les initiatives locales : des habitants ouvrent des hébergements, deviennent moniteurs, proposent des excursions ou développent des activités de restauration. Ce modèle s'est construit progressivement au contact des visiteurs, puis s'est renforcé avec la croissance du tourisme international. La seconde logique repose sur des projets touristiques planifiés, comme le Plan Azur de 2001 ou encore la Vision 2020 en 2010, qui mobilisent des capitaux importants et prévoient des équipements destinés à une clientèle internationale.


Ces deux modèles peuvent être complémentaires. En effet, les grands projets renforcent la visibilité de la destination, tandis que les petites entreprises locales proposent des services directement liés à la vie du village et aux pratiques du surf. Toutefois, les acteurs locaux ne disposent pas nécessairement des mêmes moyens financiers ni du même accès au foncier. Ils peuvent alors rencontrer des difficultés pour développer leurs activités ou faire face à la concurrence des structures touristiques de plus grande taille.


2. La rencontre entre culture internationale et identité amazighe


Le littoral de Souss-Massa dans lequel se situe Taghazout appartient à un espace historiquement marqué par la culture amazighe1, notamment par la pratique du tachelhit, les traditions artisanales, la gastronomie et les relations entre les villages côtiers et leur arrière-pays. Toutefois, il semble que le développement du surf favorise les échanges entre habitants locaux et acteurs étrangers. Dès lors, l’identité du littoral de Souss-Massa semble considérablement se transformer. En effet, les cafés, les écoles de surf et les hébergements deviennent des lieux de rencontre où circulent des langues, des pratiques et des références culturelles diverses. Les populations locales ne se contentent pas de recevoir une pratique venue de l'étranger : elles l'adaptent, la transmettent et l'intègrent à leurs propres activités. Le surf participe ainsi à la construction d'une identité locale hybride, associant des éléments culturels internationaux à des pratiques et des références régionales.


De plus, le tourisme peut favoriser la valorisation de la gastronomie, de l'artisanat et des paysages de l'arganeraie. Toutefois, cette valorisation comporte un risque : certaines traditions peuvent être simplifiées ou transformées en produits destinés à répondre aux attentes des visiteurs. L'enjeu consisterait donc à préserver la capacité des communautés locales à définir elles-mêmes leur patrimoine, tout en leur permettant de bénéficier des retombées économiques de sa mise en valeur.


III. Conflits d'aménagement, inégalités territoriales et limites du développement touristique


  1. Imsouane : démolitions de janvier 2024 et conflits autour de l'aménagement du littoral


Surfeur à Imsouane, avoulot, CC BY 2.0, 2007.
Surfeur à Imsouane, avoulot, CC BY 2.0, 2007.

Le village d'Imsouane constitue un cas particulièrement révélateur des tensions entre développement touristique, réglementation foncière et maintien des activités locales. Situé sur la côte atlantique au nord d'Agadir, ce dernier s'est historiquement développé, à l’instar de Taghazout, autour de la pêche artisanale avant de devenir à son tour une destination internationale de surf. Les 17 et 18 janvier 2024 marquent une rupture importante dans l'histoire récente du village. Selon les témoignages rapportés par la presse2, des habitants sont informés le 17 janvier qu'ils doivent évacuer certaines constructions dans un délai de vingt-quatre heures. Des opérations de démolition commençant le lendemain et touchant notamment des habitations, des cafés, des restaurants, des hébergements touristiques et des commerces du quartier de Tasblast. Notons que le quartier de Tasblast était le cœur historique et le village touristique d'Imsouane, une localité côtière marocaine mondialement réputée pour ses spots de surf exceptionnels.


Mais le 18 janvier 2024, à la suite d'un préavis d'évacuation particulièrement court, les autorités marocaines ont procédé à la démolition complète de ce quartier historique. Des auberges emblématiques, des maisons traditionnelles en pierre et des commerces de surfeurs ont alors été rasés par des bulldozers. Pourquoi une telle initiative ? Cette opération coup de poing s'inscrivait dans le cadre d'une vaste campagne étatique visant la libération du domaine public maritime et la restructuration du littoral. Cette destruction subite a profondément bouleversé la communauté locale (touchant près de 1 000 résidents, pêcheurs et commerçants) ainsi que les surfeurs du monde entier qui appréciaient l'authenticité berbère unique de ce lieu. Ces démolitions provoquent une mobilisation d'habitants, de commerçants et de membres de la communauté internationale du surf. Face à cela, les opposants dénoncent la disparition d'un patrimoine architectural et social ; ainsi que les conséquences économiques pour les familles dépendant de la pêche, de la restauration, des locations et des services touristiques. Une pétition relayée par la presse recueille notamment plus de 17 000 signatures. Les inquiétudes concernent également l'avenir du littoral. En effet, certains habitants et observateurs craignent que la disparition des constructions existantes facilite une transformation touristique plus importante du site. Il convient toutefois de distinguer ces craintes de l'existence d'un projet immobilier précis dont les modalités seraient officiellement confirmées.


Démolitions du quartier Tasblast, photographie de Yassine Alaoui Ismaili, travelsurfmorocco.com, janvier 2024
Démolitions du quartier Tasblast, photographie de Yassine Alaoui Ismaili, travelsurfmorocco.com, janvier 2024

Ainsi, ce conflit révèle une contradiction étonnante : la réputation touristique d'Imsouane s'est construite en partie grâce à ses paysages, à ses petites structures d'accueil et à l'implication des habitants, mais les opérations d'aménagement affectent certains des espaces qui ont eux-mêmes contribué à cette attractivité. Le cas d'Imsouane montre ainsi que l'aménagement côtier ne peut être réduit à une question de développement économique. Il concerne également le maintien des activités locales, la sécurité des conditions d'occupation, la protection du patrimoine et la participation des habitants aux décisions qui transforment leur environnement.


2. La pression foncière et les inégalités territoriales à Taghazout et Imsouane


L'augmentation de l'attractivité touristique de Taghazout et d'Imsouane peut aussi accroître la demande de logements et d'hébergements. Depuis les années 2000, et plus particulièrement avec le développement de Taghazout Bay à partir des années 2010, les terrains proches des plages et des équipements touristiques acquièrent une valeur économique croissante. Les logements peuvent être transformés en hébergements touristiques et les nouvelles constructions répondre davantage aux besoins des visiteurs. Toutefois, ces évolutions peuvent rendre difficile l'accès au logement pour certaines catégories de la population, bien que leurs effets varient selon les secteurs et les situations foncières.


À Taghazout, les transformations concernent notamment la réutilisation des bâtiments existants, la concurrence entre fonctions résidentielles et commerciales et l'intégration du village historique à une destination touristique de plus grande ampleur. Tandis qu’à Imsouane, les démolitions de janvier 2024 illustrent plus directement les conflits portant sur l'occupation et l'utilisation de certains espaces côtiers.


3. Les pressions environnementales et les enjeux d’un aménagement durable


Enfin, le développement du surf et du tourisme à Taghazout et Imsouane repose sur la qualité des milieux naturels et des paysages côtiers. Les vagues, les plages, la qualité de l’eau et les paysages atlantiques constituent en effet des ressources essentielles à l’attractivité de ces deux territoires. Toutefois, l’augmentation de la fréquentation touristique et le développement des infrastructures d’accueil peuvent accentuer les pressions exercées sur l’environnement. La multiplication des hébergements, des restaurants, des écoles de surf et des équipements touristiques entraîne une hausse des besoins en eau, en énergie, en assainissement et en gestion des déchets. Ces évolutions soulèvent la question de la capacité des territoires à accueillir davantage de visiteurs tout en préservant les ressources naturelles qui fondent leur attractivité. Ces enjeux sont particulièrement importants dans la région de Souss-Massa, confrontée à une forte contrainte hydrique. Dans ce contexte, la croissance du tourisme semble devoir être mise en relation avec les besoins en eau des populations permanentes, de l’agriculture et des autres activités économiques.


L’urbanisation du littoral constitue également un enjeu environnemental majeur. À Taghazout, le développement de la station touristique Taghazout Bay illustre la transformation de l’espace côtier par des opérations d’aménagement planifiées, destinées à renforcer l’attractivité touristique de la région. À Imsouane, la fréquentation des sites de surf et le développement des activités touristiques participent également à l’évolution du village et de ses abords. Dans les deux cas, la construction de logements, d’hébergements et d’équipements peut modifier les paysages, accroître la pression foncière et affecter certains espaces naturels. Les conséquences dépendent toutefois de la localisation des projets, de leur ampleur et des mesures de protection mises en place. L’enjeu consiste ainsi à concilier le développement économique avec la préservation des plages, des espaces naturels et de l’identité paysagère des villages côtiers.


À ces pressions s’ajoutent les effets potentiels du changement climatique, qui renforcent la nécessité d’une gestion durable du littoral. Pour des territoires dont l’attractivité dépend en partie des plages et des conditions naturelles de pratique du surf, la préservation des milieux côtiers représente un enjeu environnemental autant qu’économique. La dégradation de ces ressources pourrait affecter les activités touristiques, les revenus des professionnels et, plus largement, l’image de ces destinations si elles paraissent minorer les enjeux environnementaux. Ainsi, à Taghazout comme à Imsouane, l’enjeu d’un aménagement durable sembler consister à préserver les ressources naturelles tout en permettant le développement des activités touristiques et économiques. Cela suppose de maîtriser l’urbanisation des espaces côtiers, d’améliorer la gestion de l’eau et des déchets, de tenir compte des risques environnementaux et de renforcer la concertation avec les populations locales, ce qui semble être d’immenses questions. En effet, l’objectif ne semble pas nécessairement de limiter le tourisme, mais d’encadrer son développement afin qu’il ne compromette ni les équilibres écologiques du littoral ni les conditions de vie des habitants.



Conclusion


Ainsi, sur le plan économique et culturel, le surf semble favoriser l'apparition de nouveaux métiers, transforme les aspirations de certains jeunes et encourage les échanges entre populations locales et visiteurs internationaux. Mais ces évolutions s'accompagnent de difficultés liées au foncier, aux inégalités sociales, à la réglementation du littoral et à la préservation de l'environnement.



Bibliographie et sources d’approfondissement


Travaux scientifiques universitaires


  • Benattou, Amal (2023). « Station de Taghazout Bay entre projection touristique, vécu et marges mondialisées ». Étude des tensions entre projets touristiques et espaces de vie locaux. Consulter l'article.

  • Guibert, Christophe, Simone Safe et Stéphanie Crabeck (2024). « Taghazout, une destination qui se réinvente : transformations et préservation ». Analyse des transformations sociales, architecturales et environnementales. Consulter la référence universitaire.

  • Guibert, Christophe (2023). « Le surf : un intérêt politique progressif ». Travaux sur le surf et les politiques publiques au Maroc. Consulter la référence.

  • « De la barque à la planche, de la planche au béton » (2021). Étude sur les changements liés au tourisme à Taghazout. Consulter le texte.

  • Wauthy, Mathias (2025). Adaptation d'une jeunesse en transformation : ethnographie des effets du surf-tourisme et de la reconfiguration littorale dans la région marocaine du nord du Souss-Massa. Consulter le mémoire.


Sources institutionnelles et presse


  • SAPST – Taghazout Bay. Présentation institutionnelle du projet touristique et de son aménagement. Consulter le site officiel.

  • Haut-Commissariat au Plan. Monographie de la région Souss-Massa, 2020. Consulter le document.

  • TelQuel (19 janvier 2024). « À Imsouane, les habitants et amoureux du spot se mobilisent contre les démolitions en cours ». Lire l'article.

  • Le Monde (31 janvier 2024). « Dans le sud du Maroc, des villages de pêcheurs rayés de la carte ». Reportage sur les démolitions et les tensions liées à l'aménagement côtier. Lire l'article.

  • TV5MONDE (25 janvier 2024). « Maroc : les habitants d'Imsouane chassés de leurs maisons ». Voir le reportage.



1 Les Amazighs, également appelés Berbères, sont les peuples autochtones de cette région, notamment au Maroc, en Algérie, en Tunisie et en Libye. La langue amazighe se décline en plusieurs variétés, comme le tachelhit, le tamazight du Moyen Atlas et le tarifit dans le nord du Maroc. Elle possède son propre système d’écriture, le tifinagh, qui est notamment utilisé dans l’enseignement et les institutions marocaines. Au Maroc, l’amazighe est reconnu comme langue officielle depuis la Constitution de 2011, aux côtés de l’arabe, et constitue un élément essentiel du patrimoine culturel et de l’identité du pays.

2 Ces événements sont notamment rapportés par TelQuel le 19 janvier 2024 et par Le Monde le 31 janvier 2024.


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