« [...] l'histoire de l'industrie de la fin du XXe siècle n'est pas un roman d'Émile Zola ! » - Pascal Raggi

23/03/2022

Pascal Raggi est maître de conférences Habilité à Diriger des Recherches (HDR) à l’Université de Lorraine, chercheur au Centre de Recherche Universitaire Lorrain d’Histoire et directeur scientifique du Musée de l’Histoire du Fer. Pascal Raggi a passé son enfance et sa jeunesse dans le Pays-Haut minier et sidérurgique de Meurthe-et-Moselle (Nord-Est de la France). Petit-fils de deux mineurs de fer, il est également le fils d’un ancien comptable de Lormines, la dernière société française qui a exploité les mines de fer de Lorraine. Ainsi, sa famille a participé directement à l’histoire de l’industrie de cette région. Né en 1971, il a connu le délitement d’un monde industriel ancien qui avait forgé la forte identité culturelle et sociale des Hommes du fer depuis la fin du XIXe siècle.

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Ses recherches actuelles concernent l’histoire industrielle, minière et sociale au XXe et XXIe siècles. Il a récemment codirigé avec François Audigier Les syndicats face à la violence militante des années 1980 à nos jours (Riveneuve, 2018), publié La désindustrialisation de la Lorraine du fer (Éditions Classiques Garnier, 2019) et dirigé Un après-mine imprévu (PUN–Éditions Universitaires de Lorraine, 2019, Grand prix 2020 de l'Académie Lorraine des Sciences). Il est codirecteur du Dictionnaire historique de la sidérurgie française à paraître en mai 2022.

 

Pouvez-vous présenter votre parcours ainsi que les principaux axes de réflexions et de recherches que vous avez menés ?

Mes travaux participent au débat scientifique sur un sujet, la désindustrialisation contemporaine de la France et de l’Europe, qui s’est amorcé récemment pour ses dimensions du temps présent. Ils montrent notamment que les dynamiques de la modernité se prolongent au cours des processus de la désindustrialisation, tout en ne minimisant pas le délitement d’un monde industriel ancien qui avait forgé la forte identité culturelle et sociale des Hommes du fer depuis la fin du XIXe siècle.

Cette relecture à résonance dynamique est rendue possible par une intime connaissance des milieux miniers et sidérurgiques permettant une vision de désindustrialisation « au ras du sol ». Elle n’exclut pas la prise en compte des différentes formes de persistance de l’industrie sidérurgique et de réindustrialisation dont les réussites sont encore hélas trop limitées pour contribuer à compenser la disparition de l’univers des Hommes du fer.

Selon vous, comment pourrait-on démocratiser l'Histoire (en tant que science historique) auprès d'un public large ? Et pourquoi le faire ?

Avec davantage d'émissions historiques à la télévision faisant appel à des historiens non idéologues...

Dans quelle mesure la réflexion universitaire permet de confronter la réalité historique et les représentations ?

Les représentations historiques de l'industrie sont souvent en décalage avec la réalité. Par exemple, l'histoire de l'industrie de la fin du XXe siècle n'est pas un roman d'Émile Zola !